Cet homme qui dort en moi

 

Bien avant de me savoir peut être Asperger,  je savais depuis mon plus jeune âge que dans ma tête j’étais un homme.

Vers l’âge de 5 ans, j’avais dit à mes grands-parents que « je me sentais comme un garçon ». A la maternelle, je ne jouais qu’avec des garçons. En primaire, je jouais au foot avec mes camarades, j’étais traitée de « garçon manqué » régulièrement (mais en bon autiste, je ne comprenais pas l’expression).  Et ça a continué ainsi jusqu’à mon entrée au collège, où forcée par la pression sociale, j’ai dû abandonner mes confrères masculins pour les minauderies des dames que je regardais avec étonnement. Comment peut-on avoir des sujets de conversations aussi plats et sans intérêt ? Régime, maquillage, cancans sur d’autres filles/garçons. Alors que HIQ, je me passionnais pour des sujets historiques et autres savoirs. Je restais donc à écouter en silence. Et si j’avais le malheur de trop parler à un garçon, c’est que j’en étais forcément amoureuse selon les autres, ce qui freinait de nombreuses amitiés (même à la fac… où pourtant certains me pensaient lesbienne).

Ado, je me retrouvais donc sans identité de genre sans m’en rendre compte. C’est quand un ami m’a dit « au début, je ne voulais pas vraiment te parler, tu ressemblais fort à un garçon » que j’ai compris. J’ai aussi coupé mes cheveux « à la garçonne », mais on me prenait vraiment pour un garçon. Des gens que je ne connaissais pas venait me dire « c’est incroyable, je sais que tu es une fille mais tu ressembles trop à un garçon ». Je me suis même fait écarter d’un rayon porno dans une librairie (j’avais 14 ans) alors que quand j’avais les cheveux longs, je n’avais jamais eu ce types de remarques (un garçon ne peut pas lire de revue historique à 14 ans, il est forcément là pour le cul lol).

Un pied chez les femmes car c’est quand même comme ça que je suis née, un autre chez les hommes car c’était mon mode pensée et mon univers. Jeux vidéo, intérêt pour l’aviation de la seconde guerre mondiale, informatique, arts martiaux et j’en passe. Autant de passions qui ne me rapprochaient en rien des femmes et encore moins de leurs sujets de conversation.

Dans les magasins, aucun vêtement féminin ne me plaisait (faut dire que les couleurs pastelles ne font pas partie de ce que je définis comme une couleur ahem). J’allais très vite chez les hommes, surtout pour les chaussures (c’est toujours le cas).  Pas de maquillage, vêtements neutres, pas de prise de tête, franc parlé. Mon social était en dent de scie, j’étais entourée puis parfois isolée, souvent intégrée dans les groupes grâce à mon meilleur ami.

Ce n’est qu’en sortant de la prison du lycée que j’ai commencé à m’intéresser à ce que faisaient les femmes, se maquiller, les produits de beauté, les vêtements. Peut-être la prise de la pilule a aidé à remettre les connexions dans mon cerveau en place.

Quand je l’ai arrêtée, je suis retombée au point où j’étais, à savoir que je ne savais pas vraiment ce que j’étais. Je me sentais réellement homme et je m’acceptais comme ça. Je n’ai jamais pensé à changer de sexe car malgré tout je m’aime comme je suis, ce n’est pas à moi de changer à mon sens mais à la société d’arrêter d’imposer que telle chose est pour les  filles et telle autre est pour les garçons. Pourquoi le rose est féminin et le bleu masculin ? Pourquoi tel jeu est pour les filles et autre pour les garçons ? Je me rappelle que ma mère essayait d’excuser mon comportement quand elle m’achetait un jouet masculin auprès du vendeur ou à la foire après la pêche aux canards « elle va prend le sabre en plastique, oui je sais… ».

Et si après tout on laissait simplement les gens être ce qu’ils sont ? Si être une femme à l’heure actuelle est très difficile vu le nombre de clichés qui nous écrasent, je me dis que parfois ceux des hommes sont encore bien plus lourds à porter car ils doivent systématiquement ranger leur sensibilité sur le côté pour ne pas être traités de « tapettes » (le style d’homme que j’aime à la base lol).  Affirmer qu’on est une femme qui pense comme un homme peut-être bien vu comme très mal vu aussi bien par les femmes que par les hommes. On nous range alors dans la catégorie des personnes qui se cherchent sexuellement comme les bisexuels alors que le sexe n’a justement rien à voir du tout dans ce problème ! On parle bien de l’esprit, d’une manière de penser, d’une manière de vivre, c’est cérébral.

 

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Le Carnaval de Dunkerque renverse le monde quelques jours. Les hommes se déguisent en femmes et les femmes en homme. Une manière pour moi de me sentir enfin moi-même. Voilà pourquoi je ne rate jamais une occasion d’en être!

 

La parole aux Aspergers

Il s’avère que quand j’ai compris que j’étais Asperger, la première chose qui m’a le plus soulagée était de comprendre enfin pourquoi dans ma tête j’étais câblée masculin ! Mieux, j’ai pu lire ce que j’ai toujours ressenti au fond de moi, que nous aimons les gens pour ce qu’ils sont avant tout et que le sexe importe peu. J’ai même pu lire récemment sur un fil Facebook ce que je ressentais moi-même et voici quelques témoignages de cet état d’esprit que les filles ont bien voulu que je vous partage  et qui décrit totalement ce que je peux ressentir car elles verbalisent tout cela mieux que moi (le groupe s’appelle Femmes Asperger).  Une fois de plus, nous ne sommes pas seules!

« Je me sens par moments femme et par moments homme et je n’ai réussi à mettre des mots là-dessus qu’il y a un an environ, un espèce de coming out alors que je ne savais encore rien d’Asperger… J’arrive à postériori à désigner des moments vécus, là je suis homme, et là, je suis femme. Parfois même sur le moment, je me sens terriblement homme, ou femme et j’adopte les comportements de l’un ou de l’autre selon la nécessité de l’instant par exemple protéger/consoler une amie => je me fais homme). »

« Je me sens plus homme que femme la plupart du temps et mon mec a un vrai côté féminin, très soigné et délicat alors que pour moi c’est tout l’inverse. J’ai toujours recherché des hommes fragiles et qui aimaient que l’on fasse attention à eux, que l’on protège. Côté sexuel c’est encore différent, je me sens vraiment hétéro mais à vrai dire, je serais plutôt asexuelle de base. Ça m’arrive aussi de parler en mode homme par exemple « ça me rend fou » au lieu de folle »

« Je vis très mal mes amitiés avec les hommes car je m’entends trop bien avec eux et je plaisante avec eux avec le même humour ce qui déstabilise beaucoup car si dans ces moments-là je suis clairement un homme, pour eux je reste une femme. (…) je suis bien hétéro, mais parfois un vraie garçon manquée dans l’âme »

« Peut-être qu’avec les garçons il y a moins de codes sociaux à respecter (moins de « ça ne se fait pas »), plus de franchise, du coup on se sent naturellement bien avec des garçons… je suis à 10000 années lumières des femmes qui se préoccupent de mode, des apparences. » 

« Je me sens hétéro à 60%, autosexuelle (moi-moi-moi) à 30% et homo à 10% (et encore, je n’en suis même pas sûre). Mais je ne place pas mon genre psycho-cognitif dans ma sexualité. Si je suis tout à fait femelle sexuellement, affectivement, physiquement et physiologiquement, je me sens très mâle cérébralement et en termes d’affinités électives. Ce qui fait que sur le plan amical, je m’entends souvent mieux avec les hommes qu’avec les femmes (en général), dans mes réactions, je suis très masculine, dans mes choix esthétiques et culturels aussi… Je différencie clairement le genre de l’orientation sexuelle : mes orientations sexuelle et physique sont femme-hétéro, mais mon genre cérébral est masculin. Je n’ai jamais aimé me déguiser en fille (même si j’ai pu le faire ponctuellement ou pour le boulot, c’était à chaque fois une corvée), il y a souvent eu ambiguïté sur mon orientation sexuelle, qui est pourtant bien hétéro. »

« J’ai de la difficulté à m’identifier comme une femme, dans le sens où la société l’entend. Je suis un individu, j’ai le sentiment de porter les deux genres en moi. J’ai fini par ne plus me poser de questions et accepter d’être comme ça. » 

« À 3 ans, j’ai demandé à mes parents de m’appeler Frédéric, je ne sais pas pourquoi, j’ai essayé de faire pipi debout…. Au primaire je faisais des erreurs de conjugaison dans le genre, on me demandait si j’étais un garçon ou une fille et je ne savais pas quoi répondre! Aujourd’hui, je suis toujours aussi confuse, je me sens comme si j’étais homme et femme en même temps, même si j’ai l’impression d’avoir plus de masculin en moi. »

 

 

Un très long article, j’en suis consciente mais ce sujet fait entièrement partie de moi, c’est même peut-être le plus important depuis que j’ai créé ce blog. Les filles, n’hésitez pas à venir partager votre ressenti.

 

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3 réflexions sur “Cet homme qui dort en moi

  1. Je comprend tellement cet article.
    J’ai longtemps et souvent été qualifié de « garçon manqué ». Aujourd’hui encore, beaucoup ne me disent pas assez féminine, trop masculine.
    Au lycée, j’ai même été jusqu’à me couper les cheveux très court et m’habiller entièrement en homme. À tel point que les personnes qui ne me connaissaient pas me prenaient pour un garçon. Et mes camarades de classes voulaient constamment s’amuser à me déguiser en fille.
    J’ai d’ailleurs eue une réputation de lesbienne alors que je suis hétéro.
    Ce n’est que très récemment que j’ai réussi a légèrement apprivoiser et accepter mon corps de femme, même si j’aime encore beaucoup mes vêtements de garçon.
    Ne pas se sentir catégoriquement rattaché à un genre n’est pas forcément simple dans toutes les situations, mais cela fait parti de moi =)

  2. Ces témoignages me parlent jusque dans le choix de mot: « se déguiser en fille », ou les références à carnaval.Je vois les apparats féminins comme des éléments (contraignants)d’un cosplay que je peux peut-etre porter de temps en temps ou pour des conventions spéciales x), mais dont la scène sociale voudrait m’en voir costumé tous les jours, alors que c’est pas un costume que j’ai choisi( je crois pas qu’il y ait besoin de porter du « rose », ultra serré et pailleté de surcroit, pour etre àl’aise avec son coprs de femme..).Ou encore les erreurs de conjugaisons de genre; je continue de mettre les accords à ma guise, ça donne le ton au moins.
    J’ai jamais compris d’ailleurs le sens de donner un genre à tout objet qui n’en a pas.Ni de devoir me déterminer par cela à chaque phrase, TOUT LE TEMPS (pour moi c’est comme si on faisait une liste à chaque phrase des organes reproducteurs de chacun, voire des choses qu’en ont pas lol).
    Par contre je suis incapable de dire si je suis « hetero » ou pas, car je ne trouve jamais moins les gens séduisants que lorsque chacun adopte les roles de séductions stéréotypés qui vont souvent avec le fait de savoir ce qu’on recherche chez les hommes ou les femmes(du moins en terme de personnalité, et de relation avec celle ci;je conçois qu’on sache tres bien sexuellement, physiquement, mais un etre est un tout).

    Je trouve les femmes tsa ont ce décalage social différent à gérer qui est celui au genre attribué, en regard des fortes attentes relationnelles envers elles (ce qui expliquerait p-etre en partie certains parcours de femmes hyper adaptée, que ce training continuelle sociale, imposé, pour les femmes, en société).Il y a encore peu de temps, si un homme était à asperger à l’extrème dans son attitude( passer son temps libre seul dans ses » intérets »), ca ne l’empechait pas forcement de s’intégrer, ni d’avoir une vie de famille(déléguée à son épouse), il était un « ours », original, mais ne s’écartait de son identité d’homme.Plus difficile pour une femme dans ce même cas de figure.Les choses ont changé de ce coté quand même, mais j’ai encore l’effet qu’on attend de moi, en tant que « femme » a peu pres l’inverse de ce pourquoi mon cerveau est calibré.

  3. Pingback: Cette femme qui dormait en moi! | Asperguette

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