Regardez-moi dans la bouche

Bien avant d’être aspi, j’avais remarqué mon impossibilité à soutenir un regard. Pourquoi ? Je ne le savais pas, c’était comme cela depuis mon enfance et par ailleurs, si je tentais de regarder mon interlocuteur dans les yeux, je ne faisais plus attention qu’à ça et je n’entendais même plus ses propos.

Quand j’ai ouvert les premiers livres sur le SA, j’ai très vite pu lire que nous ne comprenions pas que nous devions engager un contact visuel avec l’autre. Un peu comme ne pas savoir quand dire « bonjour » ou « merci ».  Ça m’a choqué car j’ai toujours su pour ma part qu’il fallait que je regarde l’autre, simplement je n’y arrive pas. En regardant l’autre dans les yeux, j’ai cette impression que l’on peut directement accéder à mon être le plus profond sans pourvoir me défendre et parce que ça me gêne terriblement. J’ai donc trouvé un moyen détourné, je regarde la bouche.

C’est une technique que j’ai mise au point naturellement et je ne pourrais même pas savoir à quand ça remonte tellement ça fait partie de moi (sûrement à la petite enfance). Je me suis toujours demandée si les gens comprenaient que je regardais leur bouche car je me balade naturellement sur le visage de la personne à la frontière de son regard. Si soudainement je commence à y faire attention, je ne vais plus me focaliser que sur la bouche.

C’est tellement en moi, que même à la télévision, je vais regarder la bouche du présentateur. Je peux dès lors reconnaître les gens à leur bouche ^^ est-ce que c’est parce que j’ai compris que la plupart du facial se joue à cet endroit précis ? (sourire, moue, …) ou parce que c’est plus sensuel ? (car forcément c’est devenu un critère glamour chez moi à la place des yeux – je ne comprends d’ailleurs pas ce que l’œil a de romantique).  Récemment, je me suis même rendue compte que je regardais parfois la bouche de mon chat…

J’ai un pénible souvenir avec mon directeur de mémoire que je ne savais pas comment regarder. J’ai finalement opté pour ses yeux mais impossible de tenir le regard. Je ne savais plus où regarder et je pensais que si je baissais les yeux après ça, je lui passerais un message de soumission or nous étions lui et moi souvent en désaccord. La conversation terminée, je ne savais pas un traître mot de ce qu’il m’avait dit et il aurait été ridicule de lui poser la même question.

Et quand je regarde quelqu’un dans les yeux, c’est une mise en garde sévère, pour faire comprendre à l’autre qu’il a atteint mes limites, atteint à mon respect, que ça devient très sérieux et que je vais aller à l’affrontement. Mes yeux deviennent alors des revolvers. 

J’ai posé la question sur un groupe Facebook récemment et beaucoup m’ont répondu ne pas savoir tenir le regard tout en sachant très bien que socialement c’est ce qu’il faut faire, mais il y a une grande tension. On est donc très loin de l’autiste tellement en dehors du social qu’il ne sait pas où il doit regarder. Car à moi aussi, il m’arrive parfois carrément de regarder à droite ou à gauche de mon interlocuteur, en regardant par la fenêtre ou ailleurs, c’est une manière de mettre une barrière et la plupart du temps c’est totalement inconscient. Ça me permet de restée détachée tout en participant.

Faut-il séparer le manque de contact visuel des adultes de celui des enfants ? Est-ce un moyen de défense pour eux? Pas de regard signifie pas de possible agression, pas de prise pour cible. Un peu comme quand on baissait la tête en cours pour ne pas se faire interroger ? J’ai retrouvé les commentaires du sujet Facebook, je les partage avec vous sous le couvert de l’anonymat bien sur:

 

« Ado, j’étais incapable de regarder quelqu’un dans les yeux, ça me faisait rougir puis pleurer comme une allergie… Et puis les autres se moquant de moi j’ai décidé d’apprendre et je me suis focalisée sur la couleur, la forme, tous les petits détails comme quand je regarde une peinture, et j’y suis arrivée »

« J’ai le même problème, on me dit que je n’écoute pas mon interlocuteur, que je m’en fous, alors que c’est tout le contraire, si je ne regarde pas mon attention sera focalisée sur le contenu de l’échange. Quand je me force, je me sens mal, je pense tellement à ça que je n’écoute plus et malgré mes efforts mes yeux fuient tout seul, il arrive que la personne a qui je parle se retourne croyant qu’il y a quelqu’un ou quelque chose qui attire mon regard ailleurs… »

« J’ai déjà remarqué que j’étais incapable de dire quelque chose d’intime ou de pénible en regardant mon interlocuteur. »

« J’étais en terminale en cours de philo et je griffonnais sur une feuille tout en suivant parfaitement le cours. Le prof m’a interpellé pour me demander de le regarder comme un signe d’intérêt au cours. Alors j’ai fait ce qu’il me demandait pour lui montrer que je le respectais. Mon regard a été pesant au bout de 10 secondes et il m’a dit que finalement ce n’était pas la peine. Je pense qu’il a toujours cru que je le provoquais alors que finalement, je me mettais dans meilleures conditions pour l’écouter. »

« Si je ne connais pas la personne, j’ai trouvé un mécanisme de va et viens. Personne ne se rend compte que le pattern est répété: regarder dans les yeux, puis en avant de soi, puis regarder les yeux, regarder les mains de la personne. Je fais cela de manière cyclique et cela me permet de garder le contact avec mon interlocuteur, ce qui est indispensable pour mon travail. »

« Je n’ai jamais pu regarder les gens dans les yeux lors d’échanges verbaux. (…) Si je regarde en parlant, je perds le fil de ce que je dis, et si je regarde les yeux pendant que l’autre parle, je n’arrive plus à écouter. Je regarde donc toujours la zone bouche-nez de mes interlocuteurs. Je ne pense pas que les aspis fuient les yeux. Je pense qu’ils sont tellement sensibles aux yeux, aux regards, qu’ils s’y noient quand ils les regardent et que cela les empêchent d’écouter comme de parler (un peu comme de la friture sur la ligne), mais que hors échange verbal, ils peuvent être « scotchés » par les yeux. Contrairement au cliché, les aspies seraient donc plutôt hypersensibles aux regards, raison pour laquelle ils les évitent quand ils doivent se concentrer sur la discussion, mais qu’ils sont hypercompétents pour les capter (d’où le trouble). »

« Quand je parle a quelqu’un, mes yeux vadrouillent çà et là… Et si je fixe mon regard c’est toujours sur un détail du visage qui me fait face, mais pas forcément de façon très opportune! Si je me risque a regarder dans les yeux pendant que je parle, je deviens franchement débile, je bafouille, et je suis totalement incapable d’aligner deux phrases sensées! En revanche lors de silence je fixe intensément les yeux de l’autre a tel point que souvent la personne en question fini par se sentir gênée… C’est comme si mon regard essayait de puiser tout ce qui était possible dans les yeux de l’autre. » 

« J’ai découvert fortuitement quand j’avais aux alentours de 18 ans que les gens se regardaient dans les yeux et que moi je ne le faisais pas. En fait, quelqu’un a prononcé des paroles, une sorte de maxime « quand on ne regarde pas quelqu’un dans les yeux c’est qu’on est pas droit, pas honnête » j’ai immédiatement analysé, comparé. Je me suis demandée « tiens, comment je fais moi ? » Et j’ai constaté que je ne regardais jamais dans les yeux et toujours la bouche, même à la TV… Cela m’a beaucoup perturbé car je me suis dit, je suis quelqu’un de très honnête, pourquoi je fais cela… »

 

 

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