Quand on ne comprend pas ce que l’on ressent

Aujourd’hui, je viens vous parler d’un sujet qui fait généralement couler beaucoup d’encre. Les émotions!

Ce n’est que cette dernière semaine que j’ai vraiment pu comprendre comment je fonctionnais de ce côté-là.

 

Quand on ne se ressent pas

Comme beaucoup d’entre vous, j’ai des problèmes gastriques et intestinaux à répétition. Cela a commencé avec un micro-ulcère, puis l’ablation de ma vésicule pour avoir finalement des soucis gastriques à répétition sur de longues périodes…

Je me rappelle quand j’ai eu mon ulcère, les questions ont fusé « Tu es trop stressée ou ? » « Ça c’est tellement tu bosses, tu ne crois pas ? ». A l’époque, ces questions m’énervaient beaucoup. Déjà parce que ça mettait en évidence que je ne savais pas me gérer. Ensuite parce que tout simplement je n’éprouvais pas selon moi de stress ni de nervosité. Avec du recul, la réponse me semble évidente. Je vivais tellement dans ces deux états que je ne les ressentais même plus.

Je suis allée voir une énergéticienne qui a réussi à me soulager pendant 3 mois environ de tous mes maux gastriques. Je pouvais tout remanger comme avant, gluten, lait, café, plus aucune irritation, c’était le rêve. Puis, un matin, je bois mon café normalement quand je sens mon estomac qui crie de douleur. Lentement mais surement se réinstallent les irritations, les problèmes digestifs, ballonnements sans savoir pourquoi ni quoi faire !

Comme je m’étais énervée deux jours avant avec une personne assez fortement (bien que je pense avoir bien géré émotionnellement) et que cela ne m’arrive presque jamais, je tiens cet incident pour responsable. Je passe au-dessus très vite mais ça continue, voir même ça empire. Que faire ? J’ouvre tous les livres d’énergétique que j’ai sous la main, je lis des choses qui correspondent à ce que j’ai vécu ces derniers temps mais pourtant je n’ai pas l’impression d’être impactée. C’est finalement, après des jours et des jours, qu’en sortant de ma douche complètement relaxée et face à nouveau à la réalité qu’enfin je peux mettre un mot sur ce que je ressens, je vis un « trop plein ». En fait, je n’avais pas ressenti que je m’étais beaucoup investie au travail et que j’oubliais de prendre du temps pour moi. Un vrai besoin vital qui comme beaucoup d’entre vous est exacerbé par rapport à la moyenne normale des gens. Dès que j’ai réalisé cela et que je me suis donnée vraiment du temps pour moi, sans penser au boulot, les douleurs ont disparues !

 

Comment ne pas se comprendre ?

La question se pose évidemment. Comment peut-on passer à côté de soi comme ça ? Depuis que je me suis penchée sur Asperger, j’ai compris que je n’arrivais pas à mettre des mots facilement sur ce que je ressentais pour la bonne raison que je ne sais pas non plus ce que je ressens. A part le chagrin, la colère, la pression et le sentiment amoureux par sa force, impossible vraiment pour moi de savoir sur quelle fréquence émotionnelle je vis. Car chez moi, tout passe par la tête. Il faut que j’analyse pour ressentir les choses. Il faut que je les comprenne pour savoir ce que je dois ressentir, ça fait un peu robot mais c’est comme ça. Rares sont les moments où tout est naturel et fluide en moi. Parfois même je m’invente des histoires avec des personnages fictifs pour revivre la situation et voir comment j’aurais pu faire autrement, comment l’autre aurait pu répondre etc. Je pars à la quête de mes émotions.  Ce qui avait le don d’énerver ma mère qui ne comprenait pas que chez moi cela arrivait à retardement. Quand on était devant un beau paysage ou dans une fête, il me fallait attendre d’analyser la somme de ce que j’avais vu et vécu pour savoir ce que j’allais ressentir au final. Comme il y a des critiques gastronomiques, je suis critique de ma vie. Cela a diminué avec le temps mais si je suis dans une situation inconfortable je vais me réfugier dans ce schéma qui permet simplement de tout contrôler de l’extérieur du mieux possible. Car finalement si on reste cloîtré chez soi, c’est surtout car on ne veut pas y faire face à cause de tous les imprévus possibles.

Et quand les émotions me viennent naturellement, elles sont vécues comme un stress. Que ce soit de l’amour ou de la peine. Je me rappelle quand je tombais amoureuse comme je me sentais si mal, pour moi la sensation n‘avait vraiment rien du tout d’agréable, c’était un fardeau de joie oppressante qui me renvoyait tellement de choses auxquelles je faisais difficilement face.

 

L’émotion comme une étincelle dévastatrice

Finalement si je devais donner une définition de comment je ressens les choses émotionnellement ce serait comme une petite étincelle d’énergie intense qui s’allume un bref moment quand ça vient du cœur (un peu comme quand on essaye d’allumer un briquet mais que ça rate tout le temps) et qui se répand comme un feu dévastateur quand la colère s’installe. Le soucis c’est que tant que cette colère n’est pas expulsée, les cendres continuent de rougeoyer et finissent par me bouffer de l’intérieur. Pire, à force, je ne le ressens même plus, je perds contact avec moi-même. Je ressens l’étincelle par sa concentration d’énergie en moi mais quand elle explose et se répand, l’intensité est plus faible et je perds le contact.

 

Et l’empathie dans tout ça ?

Pour moi c’est une autre catégorie. J’arrive à comprendre ce que les autres peuvent vivre en me mettant à leur place, en me disant « si j’étais dans leur situation, je pourrais ressentir ça et ça », un exercice intellectuel auquel je m’exerce depuis mon adolescence. Mais il est très très rare pour moi de pouvoir ressentir émotionnellement ce que les gens me disent si je ne suis pas touchée par la personne (et pour que cela m’arrive il faut aussi pas mal de critères lol)

Je me rends compte aussi que j’en oublie moi-même parfois ce que j’ai vécu. Certains de mes patients me renvoient à des situations compliquées que j’ai connue mais je ne me rappelle pas toujours ce que j’ai ressenti à ce moment-là dans ma vie. C’est effacé ou alors enterré profondément.

 

Et vous, comment ressentez-vous une émotion ? Comment pourriez-vous la décrire ? Etes-vous aussi dans ce cas ?

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4 réflexions sur “Quand on ne comprend pas ce que l’on ressent

  1. Bel article! Je me retrouve dans ce que tu écris. Je suis une vraie bombe à retardement, parfois je ressens les émotions avec des jours de retard! Je trouve que cela me rends très vulnérable à la maltraitance, puisque je me rends compte trop tard que je me sens humiliée ou dénigrée, alors que sur le moment je bloque complètement et ne ressens rien.

    • J’ai déjà ressenti aussi ce sentiment de dénigrement à retardement, le temps que j’analyse tout en étant au calme et comprenant enfin ce qui c’était passé. Le côté positif, c’est que si la personne a tenté de nous faire du mal, elle a vraiment raté son coup dans un premier temps et est peut être frustrée. C’est toujours ce que je me dis.

  2. Pingback: Bilan 2015 du blog | Asperguette

  3. Bonjour,

    Merci pour cet article.
    Ne rien ressentir, emprunter les émotions des autres, faire semblant…
    J’ai été élève sage-femme… On m’a dit que c’était génial d’assister à un accouchement, que c’était plein d’émotions… Rien. Je me suis fabriqué un sourire, un masque d’émotion. Je me suis insultée : pourquoi ne ressens-tu rien ? N’as-tu pas de coeur ?

    Durant des années, encore aujourd’hui, j’ai l’impression de vivre à côté de ma vie. J’ai un travail, un mari, j’ai des frères et sœurs, des parents… Je sais que je donnerai ma vie pour eux… Mais me mettre à la place de… J’en suis incapable.

    Bonne journée à vous

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